Faute de budget, la commande de trains de nuit est annulée : les voyageurs priés de dormir chez eux

Faute de budget, la commande de trains de nuit est annulée : les voyageurs priés de dormir chez eux

Le blocage parlementaire fait dérailler le retour des couchettes, et la France redécouvre le charme du voyage de jour en retard

Trains de nuit : le rêve remis à une date ultérieure

PARIS – On devait bientôt s’endormir à Paris et se réveiller à Nice. Il faudra continuer à s’endormir à Paris et se réveiller à Paris. Selon un article de The Local France sur les projets suspendus par le chaos budgétaire, le ministre des Transports a révélé que l’absence de budget voté avait entraîné l’annulation d’une commande de nouveaux trains de nuit et l’arrêt d’un grand chantier de modernisation du contrôle aérien. Les amateurs de couchettes ont accueilli la nouvelle debout, par habitude.

“Le train de nuit, c’est la France”, soupire Bertrand Coudurier, président de l’Amicale des dormeurs ferroviaires d’Austerlitz. “On monte à 21 heures avec un sandwich. On partage un compartiment avec un inconnu qui ronfle et une dame qui a froid. À 3 heures, on s’arrête en rase campagne sans explication. À 7 heures, on arrive avec une heure de retard et le sentiment d’avoir vécu. Aucune compagnie aérienne ne propose ça.”

Ce que le voyageur perd

L’Amicale a dressé la liste des plaisirs ajournés :

  • La couverture orange, rêche, d’origine
  • L’échelle de la couchette du haut, épreuve d’alpinisme
  • Le contrôleur qui réveille tout le wagon pour un seul billet
  • Le lever du soleil sur un triage
  • Le café tiède servi dans un gobelet, à Brive, à l’aube

“Les nouvelles rames devaient avoir des prises électriques”, précise M. Coudurier. “Certains d’entre nous étaient contre. Le progrès a ses limites.”

Un réseau déjà sous tension

Le matériel n’est pas le seul souci. Dans un avis consacré au projet de budget 2026 de SNCF Réseau, l’Autorité de régulation des transports évoque des retards pris sur les investissements et des trajectoires budgétaires qui s’écartent des objectifs fixés. Pour M. Coudurier, la logique est implacable. “Pas de trains, et moins de rails pour les trains qu’on n’a pas”, résume-t-il. “Au moins, c’est cohérent.”

Un sondage de l’Amicale auprès de 800 usagers indique que 81 % regrettent l’annulation, 46 % n’ont jamais pris de train de nuit et 73 % jurent qu’ils l’auraient fait “un jour”. 9 % ont cru que la mesure concernait leur RER, déjà nocturne par ses horaires.

Les solutions de remplacement

En attendant, le ministère rappelle qu’il existe des trains de jour. L’Amicale propose une variante : baisser les stores, distribuer des couvertures et éteindre la lumière dans un TER. “L’essentiel du trajet se fait déjà à l’arrêt”, note un adhérent. “Il ne manque que l’oreiller.”

La mémoire des lignes

Les anciens se souviennent d’un temps où l’on partait le soir pour Briançon, Hendaye ou Port-Bou. Les lignes ont fermé une à une. Leur retour avait été promis, puis chiffré, puis commandé. Il ne manquait que le budget. “On a tout eu sauf l’argent”, dit M. Coudurier. “C’est une spécialité.”

Les Britanniques veillent aussi

De l’autre côté de la Manche, on connaît ces promesses. The London Prat relate, dans l’actualité satirique anglaise des trains de nuit, qu’un train-couchettes pour l’Écosse existe bel et bien et qu’il faut hypothéquer sa maison pour y dormir. Sa rubrique de l’actualité satirique du Royaume-Uni côté rail invite les Français à garder leurs couvertures.

M. Coudurier a tout de même pris un billet pour Toulouse, départ 22 h 14, sur l’une des rares lignes restantes. Il a emporté un sandwich. Le train est parti à 22 h 51. Bohiney Magazine a pris la couchette du haut et n’a pas fermé l’oeil.

SOURCE: https://bohiney.com/

The London Prat
Author: Alan Nafzger